Search
Filtres génériques
Correspondance exacte uniquement
Rechercher dans le titre
Rechercher dans le contenu
Filtrer par Catégories
Sélectionner tout
Affichage, tracts, militantisme
Billets d’humour, billets d’humeur
Carrière, mutations, grades…
Circulaires
Congrès, colloques du SNALC
CSA, CAPA, audiences
Laïcité
Les Actualités
Les éditos du président
Les Incontournables
Nos partenaires, nos soutiens
Qui sommes-nous ?
Système éducatif

À bout de souffle

Engin_Akyurt

Bonjour. Je m’appelle Emma. Je suis lycéenne.

Chaque jour, je suffoque. Entre les leçons, les devoirs, le manque de sommeil et les transports bondés, matin et soir, la fatigue s’installe. Le stress devient permanent. Les adultes nous disent que c’est normal, qu’eux aussi ont connu ça. Et que nous, on serait une génération trop fragile, trop fainéante… trop « tout ».

Dans ma classe, il y a Karim, mon meilleur ami. Brillant dans toutes les matières, il me captive par son éloquence. Pourtant, il en a assez. Dans les médias et au quotidien, on le réduit à un cliché, on parle pour lui, on lui demande de se taire, de disparaître presque. Peu à peu, la colère le consume. Il ne sourit plus.

Il y a aussi Clara. Les moqueries l’isolent peu à peu. Les enseignants essaient d’intervenir, mais le manque de temps et de moyens limite tout. Alors elle se renferme et disparaît doucement.

Et puis il y a Ethan qui ne vient que dans certains cours.  Il n’avance pas au même rythme que nous et a besoin de plus de temps et d’attention. Les profs semblent démunis. Il est là, mais on le remarque presque plus.

L’école devrait être un lieu de construction et de joie. On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans : on a envie de croquer la vie. Pourtant, pour beaucoup, l’école est devenue un endroit où l’on se sent stressé, incompris, étouffé. Parcoursup, les notes, l’orientation : tout semble décider de notre avenir alors que nous manquons d’air.

Il y a quand même des moments qui comptent. Les amis, quelques adultes bienveillants, certaines matières. Pour Karim et moi, l’EPS est par exemple une bouffée d’air. La pression retombe, nos corps s’expriment enfin, loin des chaises. On aimerait en faire plus, mais le sport n’est jamais prioritaire. Il y aurait des matières plus importantes pour notre avenir. Qui a décidé que notre santé devait passer après tout le reste ?

D’autres élèves aimeraient pouvoir faire de la musique ou de l’art, mais dans ce lycée, ce n’est presque jamais possible, comme si c’était superflu. Qui a décidé que notre créativité ou nos rêves devaient passer après tout le reste ?

La société dit vouloir prendre soin de nous et demande aux enseignants de veiller à notre santé mentale. Mais eux aussi sont à bout de souffle : mal payés, épuisés et surchargés. Comment pourraient-ils nous aider à respirer quand ils manquent d’air ? Pourtant, on veut y croire : que chacun – Karim, Clara, Ethan et les autres – trouve enfin sa place et respire à pleins poumons.

 

Cet article est un clin d’œil aux ateliers d’écriture créative animés par Valérie Blondel, qu’il faut absolument tester au moins une fois. Ce texte, sous la voix d’Emma, est le fruit d’un échange d’une heure avec une classe de terminale Bac Prof sur la santé mentale des élèves, autour de la question : « Est-ce que vous allez bien ? ». Il donne à ressentir, à travers une expérience vécue, le quotidien et les émotions de lycéens souvent à bout de souffle.