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Système éducatif

Crise silencieuse : quand l’institution brise ses chefs

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Il y a près de dix ans, le SNALC Alsace lançait une première enquête sur les relations entre chefs d’établissement et professeurs. Ce sondage, inédit à l’époque, avait révélé que, si une écrasante majorité d’enseignants saluait la qualité des relations avec leur équipe de direction, quelques individus, dont l’incurie était unanimement dénoncée, nuisaient autant à l’équipe éducative qu’à leurs homologues par la piètre image qu’ils donnaient de la profession.

Depuis, le paysage a évolué. Au-delà des dégâts occasionnés par une poignée d’incompétents notoires, les personnels de direction sont aujourd’hui les premières victimes – et pas les seules – d’un système dysfonctionnel, où l’injonction paradoxale côtoie l’autorité abusive, où l’ingratitude institutionnelle est structurelle, où les méthodes sont déshumanisantes, parfois toxiques et humiliantes. D’année en année, le phénomène s’aggrave et, dans ce jeu sans logique, l’échec menace de toutes parts et les pièces tombent les unes après les autres, quelle qu’en soit la couleur.

Pourtant pièces maîtresses de la réussite scolaire, les chefs d’établissement sont trop souvent sommés d’avancer au gré de décisions injustifiées, parfois injustes, au mépris des règles, de toute stratégie et même du bon sens. Tels des pions déplacés ou sacrifiés sans état d’âme, leurs initiatives sont rabotées et seule augmente inéluctablement leur charge de travail, évidemment sans contrepartie ni reconnaissance.  Ces figures, ce sont pourtant des femmes et des hommes qui assument chaque jour des responsabilités et des missions fondamentales : diriger et fédérer des équipes, garantir la sécurité de tous, assurer la réussite et le bien-être des élèves, faire face aux imprévus, apaiser les tensions, répondre aux familles, orchestrer l’innovation pédagogique… la liste est interminable.

A contrario, il arrive que l’institution se dérobe là où précisément on l’attend. Quand la situation est épineuse, l’absence de cadrage clair laisse les chefs seuls au front et sans soutien. Leur arbitrage est alors pris comme un arbitraire dont ils doivent répondre. Quand le système échoue, ce sont souvent eux que l’on désigne comme responsables, fusibles sacrifiés pour protéger une institution désengagée. À chaque incident grave ou crise, c’est leur responsabilité propre qui est engagée, les conduisant parfois sur la voie du tribunal administratif ou pénal.

En somme, le fonctionnaire doit plus que jamais fonctionner dans une organisation de plus en plus dysfonctionnelle.

Là où la collégialité devrait primer, l’isolement devient la règle : on culpabilise, on infantilise, on cherche la faute plutôt que la solution. À la moindre alerte, à la moindre maladresse, et c’est le risque d’être accusé, déplacé, sanctionné par une autorité soucieuse avant tout de démontrer son pouvoir. La procédure prend alors le pas sur l’échange et le respect, la méfiance se substitue à la confiance. Les convocations se font abruptes, les entretiens deviennent des épreuves où l’on empêche tout accompagnement face à une hiérarchie pourtant soutenue par ses propres collaborateurs. Le déséquilibre des forces est manifeste : face à un joueur isolé sur le plateau, se dresse un adversaire entouré et déterminé à éliminer toute pièce jugée encombrante. L’infantilisation touche à son paroxysme lors des évaluations : les promotions, la distribution des CIA, les mutations, refus de dérogations témoignent du fait que seuls les hommes liges seront valorisés. En totale opacité, jamais le pouvoir discrétionnaire n’aura été si néfaste, si injuste pour le corps des personnels de direction.

La sanction devrait être l’exception, elle devient un outil de gestion. Un soupçon suffit à agir : on préfère frapper fort plutôt que questionner les causes, entretenir l’image plutôt que comprendre. Fondé sur une brutalité froide et contre-productive, ce mode de pilotage installe un climat de peur et de défiance. En outre, il sape la motivation, brise les dynamiques collectives et fragilise les individus. Réduire les chefs d’établissement à de simples pièces interchangeables, c’est oublier qu’aucune partie ne se gagne sans intelligence collective, sans prise de risque, ni sans engagement humain.

Face à ces pratiques, notre détermination reste sans faille : le SNALC ne recule devant aucune pression, quels que soient le visage et la posture de l’institution. Nos interlocuteurs le savent bien, à en juger par leurs manœuvres d’évitement ou les reports répétés de dialogue : le SNALC ne cède pas, il avance. Nous ne transigerons pas sur la défense des personnels de direction, dont l’engagement, la compétence et le courage portent l’École au quotidien. Aux côtés de toutes celles et ceux qui font vivre le service public d’éducation, le SNALC restera toujours une valeur sûre et une force de résistance sur l’échiquier de l’institution.

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