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Etat d’urgence sur l’Ecole de la République

Photo by Jeremy Bezanger on Unsplash
© Photo by Jeremy Bezanger on Unsplash
Etat d’urgence sur l’Ecole de la République
« Il devient nécessaire d’appeler l’attention des gouvernements européens sur un fait tellement petit, à ce qu’il paraît, que les gouvernements semblent ne point l’apercevoir. Ce fait, le voici : on assassine un peuple. Où ? En Europe. Ce fait a-t-il des témoins ? Un témoin, le monde entier. Les gouvernements le voient-ils ? Non.
Les nations ont au-dessus d’elles quelque chose qui est au-dessous d’elles : les gouvernements. A certains moments, ce contre-sens éclate : la civilisation est dans les peuples, la barbarie est dans les gouvernants. Cette barbarie est-elle voulue ? Non ; elle est simplement professionnelle. Ce que le genre humain sait, les gouvernements l’ignorent. Cela tient à ce que les gouvernements ne voient rien qu’à travers cette myopie, la raison d’Etat ; le genre humain regarde avec un autre œil, la conscience. »
Victor Hugo, Pour la Serbie (1876)

D’origine serbe, né en France, je suis profondément attaché aux valeurs de la République française. Cet indéfectible attachement est le même que celui porté par le peuple serbe au peuple français, à ses poètes et à ses généraux, le Général Franchet d’Espèrey, attachement que l’on observe dans tous les manuels scolaires dès la primaire. D’ailleurs, la plus célèbre reconnaissance à la France trône aujourd’hui au cœur de Belgrade, dans la forteresse de Kalamegdan, non loin de l’Ambassade de France : la statue représente une femme dans toute sa puissance ornée de l’inscription suivante : «Aimons la France comme elle nous a aimés» en cyrillique «Волимо Француску као што је она нас волела».

Victor Hugo portait un attachement étroit à la Serbie, l’extrait ci-dessus en est l’illustration. Entre déclaration et réquisitoire prophétique, ce message était un appel au soulèvement populaire lancé contre la barbarie de la guerre entre les Turcs et les Serbes, mais surtout contre un gouvernement européen passif.

140 ans après, nous sommes, en plein cœur de Paris, à nouveau en plein contexte de guerre dans un monde marqué par la violence et dominé par l’individualisme. Les frontières se redessinent, tout comme les murs et les barbelés qui ont généralement eu pour fonction de diviser les hommes et de séparer les peuples.
Autrefois, ces frontières symbolisaient la fermeture contre l’ouverture, l’immobilisme contre le mouvement. C’est pourquoi, quel que soit le côté de la frontière où l’on se trouve, quel que soit son patrimoine historique, culturel ou religieux, chacun est au pied d’une même attente : la liberté, l’égalité et la fraternité.
Alors à quand une véritable conscience humaine ? 140 ans après, cette nouvelle barbarie est-elle voulue par nos gouvernants ? Face aux massacres perpétrés ce 13 novembre, j’ose affirmer et dénoncer la culpabilité des gouvernements européens et l’importance de la culpabilité du gouvernement français qui, impuissant, voit les attentats se succéder (affaire de Toulouse, Charlie-Hebdo, l’épicerie Casher à Vincennes). Messieurs les Gouvernants, il est temps d’éveiller vos consciences.

Les crimes virtuels se transforment en crimes réels. A Toulouse, des enfants juifs avaient été la cible d’un terroriste. Le 7 janvier dernier, on s’attaquait impunément à la liberté d’expression. A l’heure qu’il est, sous nos yeux, on massacre, on extermine dans l’enceinte d’un stade et d’une salle de concert des innocents. Peut être bientôt, nos enfants seront eux aussi victimes dans leur école de ces acharnements. Ces accumulations accentuent le côté pathétique de la guerre qui est cauchemardesque. Une nouvelle guerre se profile sur notre sol, la chair à canon dans les lieux publics a fait son apparition. La prise de conscience par nos gouvernants de l’urgence de la situation arrive très tard. Un mort lié à un acte terroriste était déjà un mort de trop.

Depuis des années le gouvernement repousse les limites de la tolérance. En faisant la sourde oreille aux multiples demandes du SNALC de respecter les vraies valeurs de la République au sein même de l’école (Lettre ouverte 1 et 2 au Président de la République), il accepte que la laïcité soit malmenée dans l’école de la République. Pourquoi ?

Notre syndicalisme indépendant, laïque, à l’écoute de tous a toujours gêné parce qu’il s’attaque aux vrais problèmes sociétaux (défense de l’école, défense de la laïcité…). Nos actions sont quotidiennes. Rien n’est figé. Jamais notre engagement syndical n’aura autant eu de sens que dans cette période de crise profonde des valeurs républicaines. Il nous faut réfléchir pour trouver les moyens les meilleurs de conserver nos valeurs, en particulier notre indépendance par rapport aux pouvoirs politiques, économiques, religieux et pour sauvegarder notre spécificité de syndicalisme d’adhérents qui trouve ses mandats au sein même de l’organisation, dans l’intérêt de ses adhérents. Maintenir notre respect de la différence et de la tolérance ! Depuis 1905, en toute indépendance, le SNALC a toujours veillé et, dans une France actuelle en proie au doute, il ne manquera pas de continuer à s’appuyer sur ces principes fondateurs pour guider son action au service des personnels et des élèves.
Malgré notre cœur lourd et une colère sourde, créons des « Ponts de l’amitié », partout, pour relier nos idées, nos pensées, nos valeurs communes. En 1999, des ponts belgradois étaient la cible des bombardements de l’OTAN avec la participation de la France. Les Serbes et moi-même en avons été profondément meurtris mais nous savons que là où il y a un pont, il y a aussi un fossé implorant le pardon.
Le moment est venu d’élever la voix. Il y a des heures où la conscience humaine prend la parole et donne aux gouvernements l’ordre de l’écouter. Devenons cette voix en reprenant un chant de guerre serbe pendant l’occupation ottomane et remanié :

Lève-toi, France, mère bien-aimée !
Et redeviens ce que tu étais !
Tes enfants se languissent de toi,
Qui bravement combattent en ton nom.
Lève-toi, France !
Tu dors depuis longtemps,
Etendue dans le noir.
Réveille-toi à présent,
Et réveille les Français !
Le SNALC, ton frère, te regarde !
Ainsi que la terre de la FGAF…

Jean-Pierre GAVRILOVIC
Président du SNALC de Strasbourg
Télécharger l’extrait dans la Quinzaine Universitaire n°1387 :
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