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Une panne d’empathie

© Balazs Szoke FreeImages
© © Balazs Szoke FreeImages
Je fais partie de l’Education Nationale et je suis une adhérente du SNALC, mais c’est en tant que parent d’élève que j’ai eu envie de témoigner aujourd’hui. Pour être plus précise, en tant que mère d’une élève bénéficiant d’une reconnaissance de handicap, scolarisée dans le secondaire. Sans rentrer dans les détails, son handicap fait qu’il lui est très difficile de pouvoir monter des escaliers sans ensuite ressentir de fortes douleurs ainsi qu’une fatigue importante.

Dans l’établissement mulhousien où elle est scolarisée, elle utilise donc l’ascenseur pour accéder aux salles de classe situées dans les étages. Malheureusement cet ascenseur est tombé en panne à la mi-septembre, et cela a été pour elle, mais aussi pour moi, le début d’un long calvaire qui n’a toujours pas pris fin à l’heure où j’écris ces lignes, puisque l’appareil n’a toujours pas été remis en état de fonctionner.

Qu’une panne ponctuellement puisse survenir relève du simple aléa ; que cette panne soit encore effective après plus de sept semaines est en revanche particulièrement problématique. Mais au-delà des conséquences très ennuyeuses que cela a au quotidien pour ma fille, il s’agit surtout de la manière dont cet évènement a été pris en compte – plutôt non pris en compte devrais-je dire – dans le cadre de sa scolarité qui m’interpelle et m’afflige, en particulier l’attitude peu empathique des personnels de direction.

Je me suis dès le début inquiétée de la situation dans un mail à l’intention du chef d’établissement, afin que puissent être proposées à ma fille des solutions provisoires lui permettant de ne pas être pénalisée, ou alors le moins possible, dans le suivi de ses cours. Ce mail est resté sans aucune réponse, tout comme l’ont été ceux qui l’ont suivi. Tout comme le courrier que j’ai déposé en personne à l’accueil. Ce silence incompréhensible a duré plus de six semaines, le faisant finalement s’apparenter à une forme de mépris.

Les seules informations que je sois parvenue à obtenir m’ont été données par des tiers que j’ai fini par solliciter – infirmière scolaire, professeurs principaux, enseignant référent, médecin scolaire – bien que cela ne corresponde absolument pas à ma manière de fonctionner habituellement. Tous se sont émus de la situation et se sont montrés réactifs, à l’exact opposé de la Direction de l’établissement, qui semble n’avoir guère plus pris la peine de répondre à leurs sollicitations. La seule avancée obtenue fut la réorganisation de l’emploi du temps, pour la seule semaine précédent les congés scolaires, de telle sorte à ce qu’un maximum de cours puissent avoir lieu dans des salles se situant au rez-de-chaussée.

Pendant ce temps interminable, ma fille a manqué bien malgré elle plus de trente heures de cours. Très volontaire, elle s’est d’abord efforcée de surmonter son handicap en choisissant de se rendre en classe malgré tout par les escaliers, mais sans pouvoir toutefois s’aider de la rampe ; en effet son utilisation avait été proscrite par le protocole sanitaire de l’établissement, le cas particulier d’une élève dans sa situation ne semblant pas pouvoir faire exception. Les douleurs qui s’en sont suivies ont été telles qu’elle n’a pu ensuite se déplacer qu’à l’aide de béquilles, et elle a été contrainte à se résoudre d’abandonner la plupart des cours se déroulant dans les étages.

Depuis, elle se retrouve cantonnée à devoir attendre à l’infirmerie, quand l’établissement ne se permet pas de m’appeler sur mon lieu de travail pour me demander de venir la récupérer, alors que de fait elle a encore cours. Comble de l’ironie, il m’a dans un premier temps été demandé de justifier les absences occasionnées par la situation.

Face à si peu de bonne volonté, j’ai fini par demander l’aide de l’inspecteur académique en charge du handicap ainsi que celle du Président de la Région, cette dernière étant responsable de la mise en œuvre des réparations de l’ascenseur. J’ai trouvé dans les deux cas une oreille attentive et des mots plein de compassion ; des actions ont été entreprises sans délai, mais la situation n’a pour autant pas progressé.

Dans le seul mail qu’il a bien voulu m’adresser, le jour de la rentrée de novembre, le Proviseur n’a pas jugé nécessaire ne serait-ce que de s’excuser de la situation, rejetant la responsabilité de la non-réalisation des travaux à la Région, qui renvoie la balle à l’établissement. Il a refusé de reconduire l’organisation adoptée avant les vacances, invoquant, sans plus d’explications, le nouveau protocole sanitaire. Lors de la récente Equipe de Suivi de Scolarisation, réunion visant à mettre en œuvre des actions pour adapter la scolarité de ma fille à son handicap, des propositions déplacées et inappropriées ont été faites en sa présence par le Proviseur adjoint.

Tout cela est bien loin de l’esprit de la loi de 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, et à l’opposé du projet de l’académie de Strasbourg, dont l’une des trois priorités est d’agir pour une École de la République inclusive et équitable, en améliorant la prise en charge des élèves à besoins particuliers. J’observe chaque jour la tristesse, l’anxiété et la souffrance croissantes que provoque chez ma fille cette situation qui semble sans fin, elle qui doit se battre déjà quotidiennement contre une pathologie chronique.

Pour faire partie de la maison, j’avais une bonne idée de quelles ficelles tirer, à quelles personnes demander d’intervenir, mais je n’ose imaginer à quel point un parent dont ce n’est pas le cas se retrouverait démuni face à un tel silence, à quel point son enfant aurait pu se sentir plus exclu encore.

L’École a définitivement encore beaucoup de chemin à parcourir dans l’objectif de la prise en compte réelle du handicap, que ce soit celui des élèves comme celui des adultes qu’elle emploie par ailleurs, ceux-ci pouvant malheureusement être amenés à connaître des situations aussi difficiles que celle que subit ma fille cette année.

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