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La grande embrouille

snalc alsace

Depuis des années, on nous promet la revalorisation, la reconnaissance, la protection et le respect. Depuis des années, on nous demande toujours plus : davantage d’engagement, de disponibilité, d’adaptation, de patience et de responsabilité. Mais, dans les faits, les salaires stagnent, les conditions de travail se dégradent, les violences se banalisent et la parole des personnels reste trop souvent ignorée. Voilà la grande embrouille.

En 2018, le SNALC alertait déjà sur l’état d’urgence de l’École et demandait que les moyens soient consacrés à une véritable revalorisation des agents. En 2022, nous rappelions que notre priorité demeurait la défense des personnels, face aux postures, aux injonctions et aux leçons d’exemplarité adressées à celles et ceux qui font tenir l’institution au quotidien. Depuis, qu’est-ce qui a réellement changé ?

Les collègues s’insurgent et expriment leur insatisfaction, la parole est plus libre, mais il n’en demeure pas moins qu’ils souffrent en silence. La violence au travail s’installe, les signalements s’accumulent et les réponses institutionnelles s’avèrent insuffisantes. On demande aux personnels de remplir des fiches RSST, de patienter, de relativiser, parfois même de se remettre en question, alors qu’ils sont victimes d’agressions, de pressions ou de culpabilisation. Beaucoup se taisent encore, par peur des représailles, pour leur carrière, leur établissement ou leur réputation. C’est la majorité silencieuse.

Les directeurs d’école et les chefs d’établissement sont épuisés. L’autorité est fragilisée sous prétexte d’une bienveillance quasi automatique, qui ne convient pas dans tous les cas de figure. La parole de l’élève doit être entendue, mais elle ne peut être placée systématiquement sur le même plan que celle du professionnel chargé d’instruire, de protéger et de faire respecter un cadre commun. En l’absence d’autorité et de sécurité dans les établissements, comment peut-on prétendre à une véritable transmission des savoirs et à une école protectrice, digne de ce nom ?

La grande embrouille, c’est de prétendre défendre l’École, tout en abandonnant ceux qui la font vivre. C’est de parler de confiance sans écouter les personnels. C’est de célébrer les vocations tout en dévalorisant les métiers. C’est d’exiger l’exemplarité sans donner les moyens d’agir. C’est de demander aux personnels de construire l’avenir tout en les laissant seuls face aux difficultés du présent.

Partout dans l’académie, sur de nombreux fronts, le SNALC s’est battu aux côtés des collègues. Contre vents et marées, il les a soutenus et n’a cessé de défendre leurs intérêts. Ces combats ont, pour la plupart, permis d’obtenir des avancées, des résolutions concrètes et l’amélioration significative du quotidien des personnels concernés. Mais, aujourd’hui, l’alerte est maximale, tous les voyants sont au rouge, les feux sont allumés de toutes parts et la situation ne cesse de se dégrader. Certaines braises sont même attisées au détriment de l’École et de ceux qui soutiennent l’institution à bout de bras. Le SNALC n’acceptera jamais que la violence, le mépris, les pressions ou les intimidations s’installent comme une nouvelle normalité.

Avec le SNALC, nous refusons cette résignation organisée. Nous continuerons à défendre chaque collègue confronté à la violence, au mépris, à la culpabilisation ou à l’isolement. Nous porterons fièrement la liberté pédagogique, la laïcité, la transmission des connaissances, la revalorisation des carrières et la restauration du respect dû à nos métiers.

Une institution ne repose pas sur les discours, mais sur celles et ceux qui œuvrent quotidiennement pour changer la vie de nos jeunes. Il est temps de sortir de l’embrouille, de regarder la réalité en face et de reconstruire sur des bases solides. Pour reprendre le titre de la chanson, « c’est pas la joie ! ».