Alors que les blocages et les fermetures ponctuelles d’établissements placent de nombreux personnels dans des situations particulièrement difficiles, des informations circulent au sujet d’une éventuelle consigne ministérielle qui conduirait à assimiler certaines journées de travail empêché à des journées de grève. Le SNALC demande au rectorat de Strasbourg une clarification immédiate, écrite et sans ambiguïté.
Depuis plusieurs jours, des collègues nous font part de situations très diverses : certains se rendent dans leur établissement mais se heurtent à un blocage ; d’autres restent sur place, à la demande de leur direction, avec très peu d’élèves, voire aucun ; d’autres encore apprennent en cours de journée la fermeture de leur lycée pour des raisons de sécurité. Dans tous les cas, il serait inacceptable de confondre les personnels qui exercent leur droit de grève avec ceux qui sont présents, disponibles, ou empêchés de travailler par des circonstances indépendantes de leur volonté.
Le SNALC n’entend évidemment pas contester le principe selon lequel une journée de grève donne lieu à une retenue sur rémunération. Les collègues grévistes assument leur choix et les règles habituelles s’appliquent. Mais une distinction claire doit être faite entre le fait de grève et le travail empêché.
Un professeur qui se présente dans son établissement, qui demeure à la disposition de sa hiérarchie, qui attend les élèves susceptibles d’être accueillis ou qui se trouve empêché d’assurer normalement son service en raison d’un blocage, n’est pas nécessairement gréviste. Il en va de même lorsqu’une fermeture est décidée pour des motifs de sécurité et que les personnels doivent, dans l’urgence, tenter d’organiser un enseignement à distance depuis leur domicile.
Or le distanciel ne se décrète pas. Il suppose des outils fonctionnels, une connexion fiable, des applications accessibles, du matériel adapté et un délai raisonnable de préparation. Ces conditions sont loin d’être toujours réunies. Dans de nombreux établissements, les équipements sont insuffisants ou inadaptés ; les connexions sont instables ; les applications académiques peuvent être difficilement accessibles. Dans l’académie de Strasbourg, certains collègues résidant outre-Rhin rencontrent en outre des difficultés spécifiques d’accès aux outils numériques, ce qui peut les empêcher, par exemple, de déposer rapidement une information ou un lien sur les espaces numériques de travail.
Toutes les disciplines ne peuvent pas davantage être transposées de façon identique à distance. Les enseignants d’EPS, de la voie professionnelle et des disciplines technologiques sont particulièrement concernés : leurs pratiques pédagogiques reposent fréquemment sur des installations, des équipements, des manipulations ou des ateliers qui ne sauraient être recréés derrière un écran du jour au lendemain.
Le SNALC alerte également sur les conditions de sécurité parfois dégradées aux abords des établissements : tensions, incendies, détonations, déclenchements d’alarmes et incertitude sur le maintien de l’accueil des élèves. Dans ce contexte, les personnels ont besoin de consignes cohérentes, prévisibles et respectueuses de leur engagement professionnel. Ils n’ont pas besoin d’être placés sous la menace d’une assimilation automatique à la grève lorsqu’ils sont confrontés à une impossibilité matérielle ou sécuritaire d’exercer leur mission normalement.
C’est pourquoi le SNALC demande au rectorat de Strasbourg de préciser sans délai si une instruction ministérielle relative à la rémunération des personnels empêchés d’assurer leur service a effectivement été transmise. Si tel est le cas, son contenu exact, son champ d’application et ses modalités de mise en œuvre doivent être communiqués. Les chefs d’établissement comme les personnels doivent savoir précisément quelle conduite tenir lorsqu’un établissement est bloqué, partiellement inaccessible ou fermé.
Mieux vaut prévenir que guérir. Une clarification rapide évitera que les rumeurs ne prospèrent, que les situations ne soient gérées de manière inégale d’un établissement à l’autre et que s’installe une confusion dommageable entre le droit de grève et le travail empêché. Le respect des personnels et la continuité du service public d’éducation exigent mieux que l’incertitude.
Courrier adressé au Secrétaire général du rectorat de Strasbourg





