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Le QR code de la honte

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Il se passe aujourd’hui à l’Université de Strasbourg, au sein de ses trois IUT (quatre en Alsace), quelque chose de profondément inquiétant et symptomatique d’une véritable dérive dans l’enseignement supérieur. Un simple QR code, à portée de tous, permet désormais à chaque étudiant de signaler, de façon totalement anonyme et sans passer par la direction locale, tout problème de harcèlement, de racisme, d’antisémitisme, de violence verbale, physique ou sexuelle, ou toute forme de discrimination, directement à un service centralisé de l’Université. Notre époque, soucieuse de mieux protéger les victimes et de briser le silence des actes intolérables, peut croire que ce type d’initiative est salutaire. Pourtant, derrière cette façade de modernité et de bienveillance, se dessine un système à haut risque, potentiellement dévastateur pour la qualité des relations humaines et la sérénité des échanges au sein de l’Université.

Car qui peut décider, objectivement, où commence et où finit le « sentiment » d’avoir été victime d’une violence ou d’une discrimination ? Jusqu’où un étudiant, mû par un simple ressentiment personnel ou une rancœur liée à une mauvaise note, ne risque-t-il pas de dénoncer un enseignant uniquement sur la base d’un ressenti subjectif ou d’une frustration passagère ? Un tel dispositif encourage l’expression immédiate, irréfléchie, et surtout non contradictoire de toutes sortes de plaintes, qui échappent à toute contextualisation et à toute responsabilité partagée.

Le SNALC alerte sur l’absence totale de transparence préalable : qui a véritablement décidé de l’implantation de ce système ? Une telle mesure a-t-elle été soumise à débat, validée par des instances compétentes, ou adoptée à la hâte sans consultation des principaux concernés ? Il devient difficile de croire qu’une procédure aussi lourde de conséquences ait pu être décidée avec discernement, tant elle présente des failles majeures, tout en instaurant un climat de méfiance et de suspicion généralisée.

L’expérience récente vécue par l’un de nos collègues démontre jusqu’où peut conduire cette logique délétère. Accusé anonymement, il a dû subir des heures d’auditions, sans jamais savoir avec précision ce qui lui était reproché ni qui était à l’origine de la plainte. Le débat s’est enfermé dans des sous-entendus humiliants, puis a dérivé vers la vie privée de l’enseignant, cherchant la moindre faille, y compris sur des réseaux sociaux utilisés sans lien avec l’université et sous pseudonyme. Le tout, sans qu’aucun élément factuel n’ait été présenté, ni que la procédure n’offre la possibilité d’une vraie défense. Il a même découvert, pour couronner cette épreuve, une inscription insultante à son nom sur une chaise de salle de classe : symbole évident d’une régression du niveau de débat que l’on attend dans l’enseignement supérieur, reléguant l’ambiance académique à celle d’une cour d’école.

Doit-on tolérer qu’à travers un simple QR code, l’on ouvre toute grande la porte à la délation, à la calomnie, à la dénonciation gratuite ? L’Université de Strasbourg est-elle prête à sacrifier l’exigence éducative, l’échange responsable et la confiance qui doivent faire de ses membres des adultes autonomes, au profit d’une culture du soupçon et du règlement de comptes anonymes ? Le SNALC affirme qu’il est urgent de retirer un tel dispositif et de rétablir des méthodes qui privilégient l’échange direct, la confrontation des points de vue et la prise de responsabilité de chacun, pour le bien à la fois des vraies victimes et de la communauté universitaire dans son ensemble.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit : avec ce dispositif, l’Université de Strasbourg a institué, dans ses murs, le QR code de la honte.

 

Vouloir protéger ne doit jamais justifier l’abandon du dialogue humain, de l’écoute, de la transparence et du respect mutuel. Laisser se généraliser l’anonymat total, c’est risquer de transformer l’Université en un lieu où la peur, la défiance et l’infantilisation remplaceront l’exigence, la maturité et l’apprentissage du vivre-ensemble. Si cette dérive s’installe, alors l’université aura définitivement trahi sa mission : éduquer et élever, non diviser et abaisser. Il est temps, collectivement, de nous interroger sur la société que nous voulons construire, et sur les méthodes par lesquelles nous entendons y parvenir.